Et si les blocus lycéens nous parlaient… de parentalité positive ?
En septembre 2026, les blocus et mobilisations de lycéens ont à nouveau fait irruption dans l’actualité.
Et comme souvent lorsqu’il est question d’adolescents qui contestent, manifestent ou refusent de se conformer, les réactions sont nombreuses.
« Ils ne savent même pas pourquoi ils font ça. »
« À leur âge, ils feraient mieux de travailler. »
« C’est de la manipulation. »
« Ils veulent juste sécher les cours. »
Au-delà de la question de savoir si nous sommes d’accord ou non avec leurs revendications, ces mobilisations posent une question intéressante à nous, parents : que voulons-nous vraiment pour nos enfants ?
Des enfants sages, qui respectent les règles, évitent les conflits et font ce qu’on leur demande ?
Ou des adultes capables de réfléchir par eux-mêmes, de remettre en question ce qui existe, de défendre leurs convictions et, parfois, de faire bouger les lignes ?
Parce que si nous souhaitons le deuxième… il va falloir accepter quelques petites choses en chemin.
Et notamment qu’ils ne soient pas toujours d’accord avec nous.😉
La parentalité positive ne consiste pas à fabriquer des enfants « faciles »
On parle beaucoup de parentalité positive, d’écoute, de respect des émotions, de coopération et d’éducation sans violence.
Toutefois, il existe parfois un malentendu.
En effet, accompagner son enfant avec bienveillance ne signifie pas lui éviter toute frustration.
Cela ne signifie pas non plus dire oui à tout.
Et encore moins faire en sorte qu’il soit toujours calme, raisonnable, poli et d’accord avec nous.
La parentalité positive vise plutôt à accompagner l’enfant pour qu’il puisse progressivement développer ses propres ressources : penser, choisir, argumenter, expérimenter, se tromper, réparer, décider… et devenir autonome.
Or l’autonomie ne se construit pas uniquement lorsque notre enfant fait exactement ce que nous lui demandons. Elle se construit aussi lorsqu’il commence à nous dire : « Je ne suis pas d’accord. » Et parfois : « Je vais faire autrement. »
Et si le désaccord était une étape de l’autonomie ?
C’est particulièrement visible dès l’entrée au collège.
Assurèment, l’adolescent commence à se détacher progressivement du regard parental.
Ses amis prennent davantage de place.
>Il construit ses propres opinions.
>Il questionne les règles.
>Il cherche ses valeurs.
>Il expérimente les limites.
Et parfois, il conteste tout ce qui vient de nous.
Pour certains parents, cela peut être vécu comme épuisant.
Vraiment.
Mais c’est aussi une étape essentielle.
En effet, un adolescent qui ne remet jamais rien en question peut sembler très confortable à accompagner.
Cependant, notre objectif de parents n’est pas de conserver notre enfant dans cette position confortable.
Notre objectif est de lui permettre, petit à petit, de pouvoir se passer de nous.
Et cela implique qu’il apprenne à penser sans nous.
Alors, que faire lorsqu’il prend une position qui nous dérange ?
C’est probablement là que les choses deviennent intéressantes.
Par exemple, imaginons que notre adolescent nous annonce : « Je vais participer au blocus de mon lycée ».
Notre première réaction peut être immédiate :
« Certainement pas. »
> »Tu vas en cours. »
> »Tu ne sais même pas ce que tu racontes. »
> »Tu vas avoir des problèmes. »
Et parfois, cette réaction est parfaitement compréhensible.
Assurément, notre rôle de parent est d’assurer la sécurité de notre enfant.
Mais avant de fermer la discussion, nous pouvons essayer autre chose :
« Raconte-moi pourquoi tu veux y participer. »
Pas pour approuver.
Pas pour désapprouver.
Pour comprendre.
Qu’est-ce qu’il pense ?
Qu’est-ce qu’il a compris de la situation ?
Quelles sont ses sources d’information ?
Qu’est-ce qu’il souhaite faire changer ?
Est-ce qu’il sait quelles pourraient être les conséquences de son choix ?
Est-ce qu’il a réfléchi aux moyens d’agir ?
Et surtout : « Qu’est-ce qui est important pour toi là-dedans ? »
Nous venons alors de transformer une potentielle confrontation en occasion d’apprentissage. C’est aussi le moment où il est aussi possible de transmettre des informations sur les droits de chacun, sur la manière d’assurer sa propre sécurité. Il pourra à son tour les diffuser dans son groupe de jeunes personnes.
Éduquer à l’esprit critique, ce n’est pas apprendre à être d’accord avec nous
C’est peut-être l’un des paradoxes les plus difficiles de la parentalité.
Nous voulons que nos enfants aient de l’esprit critique.
Mais nous avons parfois envie qu’ils aient un esprit critique… qui aboutisse aux mêmes conclusions que le nôtre.
Or apprendre à penser par soi-même signifie aussi pouvoir arriver à une conclusion différente.
Notre rôle n’est donc pas nécessairement de leur transmettre nos opinions.
Il est de leur transmettre des outils pour construire les leurs.
Apprendre à vérifier une information.
Croiser plusieurs sources.
Distinguer un fait d’une opinion.
Identifier une manipulation.
Écouter quelqu’un avec qui l’on n’est pas d’accord.
Argumenter sans humilier.
Changer d’avis lorsque de nouveaux éléments apparaissent.
Assumer les conséquences de ses choix.
Voilà aussi ce que peut être l’éducation à l’esprit critique.
La question à se poser
Alors, face aux blocus lycéens, plutôt que de nous demander uniquement : « Est-ce qu’ils ont raison ? »
Et si nous nous demandions aussi :
« Est-ce que je suis capable d’écouter mon enfant lorsqu’il pense différemment de moi ? »
Et encore :
« Est-ce que je lui laisse suffisamment d’espace pour construire ses propres convictions ? »
« Est-ce que je sais poser un cadre sans chercher à contrôler sa pensée ? »
« Est-ce que je lui apprends à obéir… ou à devenir responsable de ses choix ? »
Evidemment, il n’existe pas de réponse parfaite.
Et c’est peut-être justement ça, la parentalité.
Nous ne sommes pas là pour fabriquer des adultes qui correspondent à nos attentes.
Nous sommes là pour les accompagner jusqu’au moment où ils pourront prendre leur chemin.
Avec leurs valeurs.
Leur esprit critique.
>Leurs erreurs.
>Leurs engagements.
>Leurs désaccords.
Et leurs propres rêves.
Et si notre plus belle réussite de parent était finalement de voir notre enfant devenir quelqu’un que nous n’avions pas imaginé ?
À nous de lui laisser suffisamment de sécurité pour oser le devenir 💛
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